La sortie d’un Album du rappeur blanc enfant terrible de Detroit et empereur du « White Trash » ne passe jamais inaperçu. Quand l’artiste à présent quarantenaire a annoncé la sortie imminente de son 8e album studio le 5 novembre cette annonce a défrayer la chronique mais la pression et l’attente des fans sont montées d’un cran quand ils ont appris qu’il s’intitulait Marshal Mather’s LP 2. Ni plus ni moins qu’une suite à son album légendaire sorti 13 ans plus tôt? Retour sur l’un des albums les plus attendu de l’année, un mois après sa sortie.


eminem-mmlp2Si cet album devait être la suite d’une de ses précédentes production ce serait « Relapsed« . En effet, cet opus est une rechute au niveau de la production musicale. Mélodique et sombre, avec des flows hargneux et volontairement décousus avec de nombreux personnages qui interviennent littéralement pendant les couplets d’Eminem (comme la voix demoniaque présente sur tous ses anciens albums en filigranne et qui est ici poussé à son paroxysme). L’ambiance générale est très lourde et sombre. Quasi-psychotique et dépressive. Eminem n’a plus rien à prouver mais la formule marche-t-elle encore?

 

Tout commence plutôt bien par « Bad Guy« . Une instru grinçante et hypnotique là où le refrain, chanté par une voix féminine, est parfait techniquement, très bien ficelé. On a même droit au retour de stan venu se venger de Slim Shady. On se prend à rêver. Sur le titre « So Much Better » c’est une autre histoire. Eminem se laisse à nouveau aller à ses pulsions meurtrières sur son ex femme. Le refrain clamant comment sa vie serait « so much better » si elle mourait. Vue et revue, et tellement loin de Kim son alter ego sur le 1er opus.

 

eminem-rihanna-monsterPuis arrive « Survival » l’instru rock avec de grosses guitares saturés et des choeur féminin sur le refrain Eminem signe son flow le plus cohérent sérieux et dévastateur de l’album excepté Rap God. On se dit qu’il est de retour au top de sa forme. C’est pas le hit du siècle mais elle s’écoute bien vu que c’est l’extrait de la B.O du jeu « Call Of Duty: Ghosts ». « Legacy » est largement la chanson la plus dépressive de l’album. On sent le mal-être profond de l’artiste qui se replonge dans ses anciens démons et qui le déchire en pièce malgré sa réussite exceptionnelle, l’homme derrière le micro est toujours brisé. « Asshole » Feat Skylar Grey est de la même veine. Une chanson très cynique dans laquelle Eminem revient sur son image de sale gosse et en rajoute. « Berzerk » quant à lui est une éloge au rap rétro, celui mythique des années 80 aux accents de Beastie boys là où l’ovni « Rap God« , avec le flow le plus rapide jamais vu, repousse encore les limites du rap. Malgré les performances technique, ces deux titres restent très dure à écouter.

 

2010 Video Music Awards - Show

 

Quant au titre « Brainless« , un beat sans concessions sur une instru très sombre où Eminem vocifère sur son enfance et ses relation avec sa mère. Thème classique du rappeur. « Stronger than I Was » est une balade qui ressemble un peu à son hit « Cleanin’ out My Closet » rythmé par un roulement de tambour militaire. Puis vient le 1er single avec Rihanna sur le refrain. La formule, déjà payante sur « Love The Way You Lies » (Recovery 2011), marche encore. Peut-être la chanson la plus positive de l’album et c’est pas trop tôt.

 

Que dire de « So Far« , encore un ovni musical aux accents rock, rétro, sur un refrain chanté par Eminem assez difficile à écouter en entier pour être honnête. « Love Game » est le seul et unique featuring avec un autre rappeur, en l’occurrence Kendrik Lamar mais là où on s’attendait à une collaboration de haut niveau, comme avec Lil Wayne sur « Drop The World » ou « No Love » (Recovery 2011), les 2 artistes ont décidé de ne pas se prendre au sérieux, même si techniquement ils sont à la hauteur, cette chanson n’ajoute rien à l’album.

 

Avec de nombreuses collaborations tels que Skylar Grey, Nate Ruess et Rihanna, Marshall Mathers LP2 recèle des musiques trÈs mainstream et des ovnis inclassable. Cet opus est toutefois expérimental avec des titres comme Rap God, So Far, ou Berzek ou Eminem laisse transparaitre le mal-être profond qui le ronge, lui, cet éternel adolescent au coeur brisé qui s’associe à son alter ego Slim Shady avec qui il a parfois lutté par le passé. Il assume son côté sombre. Mais dès lors, Eminem est il encore Eminem? C’est au grand public d’en juger. Ce qui est sûr, cet album ravira les fans inconditionnels de l’artiste, les autres risquent de rester sur leur faim même si les 5 musiques supplémentaires de la version deluxe remontent un peu le niveau.