Avec le succès de son deuxième EP intitulé Alph Lauren II, Alpha Wann était en concert à la Gaité Lyrique à Paris le 20 avril. A 26 ans, il fait déjà beaucoup de bruit dans l’univers du rap français. Son flow, ses textes, son goût pour l’écriture, Alpha Wann puise son talent dans ses origines Peuls. Entretien.

Propos recueillis pas Vanessa Meflah

On te connaît comme membre du groupe 1995, aux côtés de Nekfeu entre autre. T’es « le seul renoi dans un groupe de blancs », ça c’est toi qui le dit. Tu as sorti ton deuxième EP en solo, Alph Lauren II. Tu nous reçois dans une Gaité Lyrique archi comble.  A quand le premier album ? 

Peut-être en fin d’année j’espère…Je préférai me préparer. Je ne savais pas quelles sonorités j’allais aborder. Et puis je voulais explorer différentes thématiques et sonorités avant de sortir un album, que tout soit totalement différent par rapport à ce que j’avais fait par le passé. Donc, c’était pour faire encore plus d’expérimentations avant mon premier album que j’ai sortis deux EP. 

Comment est-ce que tu écris tes textes ? De quoi tu parles, de quoi tu t’inspires ? 

Je m’inspire de tout ! De conversations que j’ai avec les gens, de ce que je vois à la télé, de ce que les gens me disent, des émotions que je peux ressentir. Je m’inspire vraiment de tout…de la vie et de son contexte.

Tu parles aussi de l’Afrique dans tes textes et de tes origines guinéennes… 

Oui énormément. C’est de là que mes parents viennent. J’y suis beaucoup allé moi-même étant jeune. Aujourd’hui j’ai un rapport assez bizarre avec la Guinée. Ça fait longtemps que je n’y suis pas allé. J’ai beaucoup de souvenirs de vacances en Afrique, je connais beaucoup de choses sur ma culture Peul par exemple.

On va dire que je suis un entre deux…je suis un afro-péen (sourire)

La Guinée est reconnue comme un pays où il y a beaucoup de griots, de transmission orale et où la musique urbaine a une place importante pour la jeunesse. Est-ce que ton goût pour le rap, ta technique d’écriture s’inspire de tes origines, de ton Afrique ?

Pendant longtemps je pensais que non.  Mais en fait si, bien sûr qu’il y a un rapport. Chez les Peuls il y a un rapport particulier avec le langage. Le langage est très soutenu, il y a plus d’émotions que dans la langue française je trouve. Un peul quand il parle, on dirait qu’il est plein de sagesse et plein de savoir, même si ce n’est pas quelqu’un de très éduqué. J’ai toujours aimé jouer avec les mots, et surtout, les Peuls parlent souvent plusieurs langues. Tous ces aspects sont importants pour moi. Comme j’ai grandi dans cette culture là, je pense vraiment que ça m’a aidé oui…

Comment est-ce que ta musique est reçue et perçue au sein de ta famille ? 

Eu…je ne sais pas. Je ne parle pas trop de ça avec eux. Certains sont pour et d’autres contre, on va dire…mais bon, je le fais quand même parce que j’aime vraiment ça, et je préfère rapper qu’aller à l’usine…(sourire)

Est-ce que tu as des références d’artistes africains que tu écoutes ? Pas forcement dans l’univers rap…

Quand j’étais jeune j’ai écouté beaucoup de Salif Keïta, un peu de Sekouba Bambino (ndlr : Chanteur guinéen). Puis j’ai découvert Tiken Jah Fakoly bien sûr, Alpha Blondy aussi…mais je dirais que c’est Salif Keïta mon artiste africain préféré, celui que j’ai le plus écouté en tout cas. 

Est-ce qu’il y a un artiste africain avec qui tu aimerais collaborer ?  

J’aimerai bien faire un duo avec Salif Keïta ou Youssou N’dour pourquoi pas. 

Youssou N’dour c’est peut-être un des plus grands chanteurs d’Afrique, en tout cas un des plus connus. Il a traversé les générations, et il a fait le son de la coupe du monde 98 avec Axel Red (rire) donc grand respect pour lui. 

Le rap c’est quoi pour toi ? Une histoire de clash,  un moyen d’expression, des punshlines à la pelle, un moyen de fédérer ? 

Le rap c’est comme la vie…tu peux le prendre dans n’importe quel sens, et c’est à toi de lui donner un sens justement. Tu peux faire ce que tu veux avec le rap, du positif du négatif, du politique, quelque chose de drôle, de romantique…ce que tu veux ! C’est comme la vie. 

Et toi, qu’est-ce que tu fais ? 

Comme la vie. Mais j’essaie aussi de faire du rap conscient, c’est-à-dire essayer de ne pas dire des choses inutiles, et livrer des paroles qui ont plutôt un rapport avec de longues heures de pensés et de réflexion. 

Tu fais partie d’une nouvelle génération d’artistes issue du mouvement Hip-Hop. Quelle vision tu avais de la scène rap avant de te lancer ? 

J’avais l’impression que les rappeurs que je voyais à la télé ce n’était pas forcément ce que j’écoutais, ou en tout cas, quand on parlait du rap à la télé ce n’étais pas ma vision. Il n’y avait qu’une seule catégorie de rappeurs qui étaient invités à la télé et donc à cette époque là on était pas très inspiré par le rap français…

Et aujourd’hui ? 

Aujourd’hui il y a plein de trucs. Du bon du moins bon. Il y a trop de rap partout, beaucoup de choses qui se ressemblent. Faut faire son tri…

On entend beaucoup de sonorités africaines dans les musiques aujourd’hui, et dans le rap aussi. Je pense à MHD avec son Afro-Trap ou encore à BOOBA qui reprend un titre du malien Sidiki Diabaté. Qu’est-ce que tu en penses ? 

Je pense que c’est bien. Le rap à la base c’est la musique des descendants d’esclaves. Donc au final ça se rejoint j’ai envie de dire.

Est-ce que tu pourrais toi aussi apporter des sonorités africaines dans tes sons ? 

Si je le faisais, j’aimerai le faire d’une façon différente, parce que je n’aime pas faire comme tout le monde. Si je trouvais la bonne façon d’intégrer les sonorités africaines, ça pourrait arriver oui. Je pourrais rapper sur des sons africains bien-sûr ! 

Tu connais un peu l’univers du rap guinéen ? 

Pas du tout…je connaissais un petit peu Kill Point avant, un groupe un peu à l’ancienne, et je connaissais Hamid Chanana (Mc Chanana) qui est décédé maintenant. Il faisait du rap avec une autre musique on va dire (rire), un mélange intéressant…

Tu pourrais avoir envie d’aller en Guinée et collaborer avec des rappeurs guinéens par exemple ? 

Eu…si je vais en Afrique je n’ai pas trop envie d’y faire du rap. Dans ma famille la pratique de la musique n’est pas très bien vue. Ils considèrent qu’il y a des choses plus importantes dans la vie donc…si je retourne en Guinée, c’est en tant que guinéen qui vit en France plutôt qu’en tant que musicien.